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La flûte aurignacienne de la grotte d'Istállóskö
Les os percés des ours des cavernes
Etude acoustique
F.Z. Horusitzky
1. La flûte d'Istállóskö
2. La flûte de Divje babe°I a) option ''traversière'', b) option ''longitudinale''
3. La flûte possible de Salzofenhöhle (reconstruction en mode longitudinal)
4. La flûte possible de Badlhöhle (reconstruction en mode longitudinal)
5) Les os troués de Lokve (flûte possible ''longitudinale'')
6) Les fémurs de référence
7) L'origine des trous et les objets à vocation inconnue
8) Expériences de perçage
Le site ''music2'' recouvre en partie le sujet du site music ''Flûtes Paléolithiques''. Ce dernier a réuni les réflexions et informations disponibles progressivement, avec des considérations qui font partie des ''Écrits sur la musique'' (17) (en hongrois) destinés aux musiciens. Il est apparu nécessaire de regrouper les questions et les traiter avec plus de rigueur visant les spécialistes du paléolithique.
Au cours de l'année 1951, VÉRTES László, Chef de la Section Paléolithique au Musée National de Budapest, a découvert dans les couches Aurignacien°II de la grotte d'Istállóskö un fémur de jeune ours des cavernes avec des perforations fort intrigantes. Cette grotte se trouve dans les montagnes Bükk environ à 15O km au nord-est de Budapest, non loin des grottes de Szeleta et de Subalyuk, l'une et l'autre célèbre : la première par son industrie proto-solutréenne très particulière, avec les traces de l'héritage moustérien, appelé généralement ''Szélétien'', l'autre par son crâne d'enfant néandertalien et son industrie moustérienne.
Istállóskö, en complément, offre le troisième volet des peuplades du paléolithique avec des outils aurignaciens et avec une dent d'enfant non néandertalien.
Nous voyons que la région est riche en populations très différentes, réunies dans un espace restreint, offrant des domaines d'investigation très palpitants quant aux influences réciproques et aux problèmes d'évolution et de mélanges.

Figure 3.
Le trou n°1 avec les cannelures
échelle env. 3. Largeur 28 mm.
La Monographie d'Istállóskö, éditée sous la direction de VÉRTES László en 1955, contient une série d'études de disciplines très variées et traduit une diversité et modernité d'idées qui restent, on peut supposer, d'actualité encore aujourd'hui. Il serait trop long d'énumérer les articles consacrés aux animaux et aux plantes, à la stratigraphie et aux problèmes de la datation.
Il est cependant nécessaire de rectifier certaines données en fonction de l'évolution des connaissances. Ainsi, avant d'entreprendre l'étude nouvelle de la flûte proprement dite, je dois faire quelques observations à propos de la Monographie de 1955.
Nombreuses études sont consacrées aux problèmes de la stratigraphie et de la chronologie. La datation basée sur les cycles climatiques de Milankovic, et adoptée par Zeuner(2) en 1958, fait reculer les niveaux aurignaciens de 50.000 années en arrière. Les études paléobotaniques, paléoclimatiques, paléo- zoologiques, etc. de la Monographie doivent être réinterprétées sous cet angle.
Sans être spécialiste, j'estime que cette partie de la Monographie a gardé tout son intérêt malgré l'impact de la chronologie C14. Entre d'autres, l'étude paléo-pathologique osseuse de Tasnádi-Kubacska mérite une attention particulière de la part des chercheurs slovènes à cause des renseignements possibles en rapport avec la mandibule de Potocka Zijalka.
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Figure 4. Stratigraphie de la grotte d'Istállóskö Figure 2.
Vértes László (1914 - 1968) lors des fouilles d'Istállóskö en 1947.
Docteur de l'Académie des Sciences. Directeur des fouilles de 1950 -51
Quant à la flûte proprement dite, il suffit de replacer l'objet dans le cadre chronologique fourni par les datations radiocarboniques C14. Ce cadre chronologique nécessite une présentation claire de la stratigraphie, qui se trouve noyée dans les nombreuses études pluridisciplinaires de la Monographie. (Par exemple les échantillons du sol sont numérotés de haut en bas, les couches de bas vers le haut).
Ce véritable casse-tête a été quelque peu clarifié par un dessin du livre de vulgarisation de Vértes(3). La stratigraphie présentée ci-dessus est empruntée à la Monographie, planche XLI, et complétée par les explications de ce livre de vulgarisation.
Les données C14 sont réunies ci-dessous :
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Les renseignements tirés des datations :
L'âge de la flûte se situe à 31,000 ans ''BP'' sans contestation par le monde scientifique.
Bien que les dates plus anciennes de la couche 9 et de Szeleta ne concernent pas encore notre flûte, il est bon d'en parler, parce que le contexte Szeleta et Istállóskö°9, ancienne couche, située en pleine période de transition entre l'homme de Neandertal et l'homme anatomiquement moderne AMH est au coeur de l'actualité, surtout depuis les débats déclenchés par la flûte de Divje Babe, de son aînée de 14.000 ans.
D'après les données archéologiques l'ancienne couche 9 d'Istállóskö a moins de parenté avec le moustérien que la couche 8, pourtant plus récent de 8000 ans. En plus on constate une contemporanéité entre le moustérien de Divje babe°I et l'Aurignacien°I d'Istállóskö°9. Le tableau se complique avec le moustérien et les restes humains néandertaliens de Subalyuk (55.000 ans ?), et les différents niveaux de Szeleta contemporains d'Istállóskö.
Enfin, avant de passer au sujet proprement dit de notre étude, il me semble utile de signaler la question des flèches. Alors que dans la littérature française on peut lire des hésitations concernant l'origine de l'arc (par exemple G. Camps(4)), la couche ancienne d'Istállóskö (44,300 BP) a fourni des pointes à base fendue minuscules de 25 mm,
qui pouvaient difficilement être autre chose que des pointes de flèche.
Pour revenir à la flûte, l'étude du fameux fémur percé m'a été confiée par Vértes en 1953. Malheureusement, je n'ai pas pu participer aux fouilles d'Istállóskö, mais peu après, pendant un an, j'étais son proche collaborateur au Musée National. À l'époque de la publication j'ai changé d'orientation et je n'ai pas vu les cotes dans l'article de Vértes, où il a indiqué la cote maximale des trous à la place des cotes moyennes, ce qui a été remarqué par certains chercheurs slovènes.
Mais ce n'est pas la rectification des cotes qui m'a poussé à la reprise de l'étude de la flûte paléolithique, ni la nécessité d'introduire la nouvelle datation : un événement récent y était décisif. Depuis 1996 la question est devenue un sujet à la mode après la découverte d'une flûte en Slovénie dans le gisement moustérien de Divje babe°I(5), plus ancienne que la flûte d'Istállóskö de quelque 10.000 - 15.000 années.
La flûte de Divje babe°I (Figure D/2) est à l'origine de spéculations extrêmement osées(6) au sujet de la naissance de la musique. J'ai pensé pouvoir contribuer à ce débat en calculant les sons que ces deux instruments auraient pu produire, en les comparant à des sons effectivement produits par les copies et reconstitutions de la flûte d'Istállóskö.
Je reprends la partie essentielle de la publication de 1955, et les résultats d'une nouvelle étude de la flûtiste SOPRONI Ildikó>(7). Je procède à une nouvelle reconstitution allongée à l'aide d'un fémur de jeune ours bien conservé, provenant de l'Aurignacien°I de la couche 9 d'Istállóskö et à l'aide des photos et dessins de la Monographie de Divje babe°I.
Je commence donc par la partie essentielle de la publication de 1955, parue en allemand, mais je prends comme base le texte hongrois d'origine.
Les erreurs dans l'orientation des fémurs seront rectifiées.
La publication historique de 1955
Dans le gisement Aurignacien°II supérieur nous avons trouvé un objet en os avec trois trous, /Figure 1/, que nous devons considérer comme l'un des plus anciens exemplaires et l'ancêtre des instruments de vent actuels.
L'objet a été réalisé à partir d?un fémur de jeune ours, les épiphyses manquent et la substance spongieuse a été éliminée.
Si nous plaçons l'objet devant nous pour que sa surface ventrale soit orientée vers nous, nous voyons deux trous. En haut, à l'extrémité proximale, se trouve le trou qui prouve indiscutablement l'origine humaine, que nous appellerons trou n°1. Sa circonférence est constituée par une dépression de forme en entonnoir, formée par des rayures peu profondes et très rapprochées, d'environ 5 mm de longueur en direction radiale. Ces rayures ont rendu le trou plus régulier, facilitant sa fermeture avec le doigt. Le rôle de ces rayures est une question ardue que nous allons approfondir par la suite.
En retournant l'objet, sur la face dorsale, nous voyons un trou de forme régulière, légèrement ovale, appelé par la suite trou n°2, à l'intersection des axes longitudinal et transversal. De cette face on voit bien l'état fracturé du côté proximal. Sur la face avant (face ventrale) seulement une petite partie manque du bord proximal, peut-être le tiers vers le haut, mais la fracture n'arrive pas jusqu'à la circonférence des rayures. En revanche, sur l'autre face, du côté droit, l'os est cassé, la partie la plus profonde de la cassure atteint le point à mi-chemin entre le bord d'origine et le trou n°2.
Sur la face avant en bas, on voit un trou plus grand, trou n°3 ou embouchure. Sa circonférence est irrégulière, accidentée, à l'origine il pouvait avoir une forme ovale. De son contour partent trois fêlures provoquées probablement par la pression du gisement. Deux fêlures partent du côté droit du contour du trou n°3 et parcourent l'os de gauche à droite dans un plan perpendiculaire à l'axe longitudinal, la troisième part du milieu de la partie extérieure du contour,
en parallèle avec l'axe longitudinal, jusqu'au bord distal de l'os.
Bien que l'os a dû être recollé de deux pièces, le bord à l'extrémité distale a pu conserver sa forme d?origine, à part quelques détails. La forme initiale du trou n°3 ne peut être déterminée que par extrapolation à partir de la forme de l?embouchure d'une flûte moderne.
Les dimensions de l'objet sont les suivantes:
longueur maximale 107 mm Les distances entre le bord distal et les trous :
largeur minimale 22,5 mm trou n°1 : 89 mm
épaisseur minimale 16,5 mm trou n°2 : 44,5 mm
largeur de l'extrémité distale 32 mm trou n°3 : 24 mm
épaisseur de l'extrémité distale 20,7 mm
largeur de l'extrémité proximale 28 mm
épaisseur de la paroi osseuse 4 - 5 mm
diamètre du trou n°1. 5,5 mm
diamètres du trou n°2. 5,5 x 7 mm
diamètres du trou n°3.(estimation) 9,5 x 11,5 mm
Puisque le contour de l'extrémité distale, de l'os est relativement intact, je l'ai utilisé comme référence pour calculer la distance des trous, en considérant toujours leur centre.
Nous avons souligné que l'objet est exempt de toute trace de détérioration chimique ou faite par la force. Ce critère élimine la plupart des objets préhistoriques comme instruments de musique. Nous n'avons découvert aucune trace de morsure ou déformation pathologique.
De ce qui précède, on ne peut tirer qu'une seule conclusion, à savoir, que l'objet est un instrument de musique, question qui a été définitivement tranchée après avoir pu le faire sonner.
Pour obtenir un son en soufflant par le trou n°3, nous avons dû fermer l?extrémité distale, compléter et fermer l'extrémité proximale, colmater les fêlures et restaurer l'embouchure.
Les considérations suivantes nous ont amenés à essayer de faire sonner l?instrument suivant le principe ''traversière''.
L'objet ne pouvait être une simple flûte ''longitudinale'' parce les extrémités aux épiphyses deviennent si larges que les lèvres ne peuvent pas diriger le jet d'air seulement sur une partie du contour et, de telle façon, que les lèvres recouvrent, en même temps, l'autre partie. En plus le contour ne présente nulle part une encoche spécialement taillée.
Le trou n°3 a une forte ressemblance avec la forme des embouchures des flûtes traversières récentes. Sa différence de forme et de taille par rapport aux autres trous n'offre aucune autre explication, qu'il a rempli effectivement la fonction du trou d'embouchure.
Comme nous pouvons voir, le sens de souffle et la fermeture de l'extrémité gauche peuvent être considérés comme certains. Au début nous avons pensé que l'extrémité proximale aussi ne pouvait être que fermée, du fait que le trou n°1 très proche de l'extrémité proximale, n'était pas en mesure de changer la note autrement.
Les essais ultérieurs, avec les bords reconstitués, ont montré que le flûtiste pouvait fermer l'extrémité avec la paume et que la flûte avec extrémité ouverte a élargi la gamme des sons obtenus auparavant.
Tout récemment j'étais amené à allonger la flûte dans les calculs. De ce fait l'argument de l'effet de la proximité du trou n°1 à l'extrémité ne tenait plus.
En revenant à l'époque des premiers essais nous avons quelque peu refait l'extrémité proximale et nous l'avons fermée avec la pâte à modeler. Mais pour épargner l'objet, Vértes a proposé de continuer les essais sur une copie identique, faite à partir d'un fémur d'ours des cavernes semblable.
Les sons obtenus en 1953 (et publiés en 1955) seront présentés sous forme de tableaux avec ceux expérimentés en 1985 et avec les résultats des calculs de reconstitutions toutes récentes.
Il serait inutile de chercher parmi les peuples de la nature l'équivalent de la gamme fournie par la flûte paléolithique. Nous devons nous joindre à l'opinion de Hornbostel(8) qui a étudié à fond les instruments à vent primitifs, sans réussir à établir des règles pour la succession des notes. D'après lui la position des trous dépend de règles géométriques et le résultat sonore n'est que secondaire.
En ce qui concerne la flûte d'Istállóskö, nous pouvons examiner l'objet, son histoire et évolution dont l'étude d'étape en étape nous renseigne sur un certain degré de l'évolution de l'homme ou sur son déroulement global, d'autre part nous pouvons chercher des explications sur des événements historiques, sur les rapports géographiques et chronologiques entre populations et cultures différentes.
Mais tout d'abord la flûte d'Istállóskö a une grande importance pour avoir une idée claire et juste sur l'évolution des instruments à vent. (La suite de l'histoire des instruments à vents est omise, voir les remarques à ce sujet à la fin de cette étude).
Pour obtenir des informations plus riches au sujet des questions concernant les flûtes paléolithiques, nous devons passer en revue les objets connus dans la littérature. Cet examen est une condition préalable pour que nous puissions établir des connexions non seulement entre les objets, mais aussi entre les gens qui les ont utilisés.
(J'énumère les objets connus à l'époque de la première étude /1953/ )
Parmi les ''instruments de musique'' paléolithiques les sifflets à phalanges, qu'il faut sonner transversalement, forment un groupe à part. C'est parmi ces sifflets que nous devons chercher le prototype de notre flûte. En Hongrie et dans les pays limitrophes on a trouvé des sifflets de phalanges dans les grottes suivantes : Istállóskö (2 pièces), abri de Pilisszántó, grottes Jankovich, Pálffy et Peskö.
Les trouvailles de flûtes, à bec ou traversières, plus évoluées ayant plusieurs trous, sont très peu nombreuses. C'est curieux que les objets en os creux, à prétention d'instrument de musique, proviennent pour la plupart d'une zone géographique relativement limitée, qui coïncide avec la diffusion géographique et chronologique de la culture Aurignacien°II d'Europe Centrale à laquelle appartiennent les cultures d'Olschewa et d'Istállóskö.
Les pièces en os d'ours des cavernes, qui appartiennent à cette catégorie, proviennent des grottes suivantes (1953) :
Istállóskö, Salzofenhöhle, Liegelloch, la grotte Bukovác de Lokve, la Drachenhöhle de Mixnitz, la grotte de Potocka.
(Liegelloch, Drachenhöhle, Potocka ne sont pas des analogies pour Istállóskö, ils seront omis).
La pièce la plus proche de celle d'Istállóskö est le fémur de jeune ourson de caverne de la grotte Salzofenhöhle(6). La moelle osseuse a été vidée. La pièce, même dans son état fragmentaire, est plus longue que la pièce d'Istállóskö. Bien que l'extrémité proximale soit ébréchée /Figure 4. à droite/ une partie du contour correspond au contour d?origine sans épiphyse.
À l'extrémité gauche ou distale un fragment assez grand semble manquer, de sorte que la longueur initiale a dépassé la taille actuelle.
Sur la face ventriculaire on voit un trou artificiel, aux deux tiers de l'axe longitudinal, plus près de l'extrémité distale. Si nous pouvions compléter l'extrémité distale, la position du trou serait probablement au milieu. À l'extrémité droite il manque la partie correspondant au trou n°1 de la pièce d'Istállóskö, mais on peut seulement extrapoler parce que la figure ne montre que la face ventrale.
A propos de l'extrémité gauche, distale, deux cas sont possibles. Ou l'os n'était pas plus long initialement, et dans ce cas il ne pouvait y avoir un trou d'embouchure comme sur notre pièce /puisque la figure devrait montrer le trou à cause des manques sur la face ventrale/ il est alors très douteux que l'objet soit un instrument de musique et l'analogie directe de la pièce d'Istállóskö.
Si en revanche l'objet nécessite une reconstitution, nous pouvons le compléter parfaitement avec un trou d'embouchure aussi. Malgré les tâtonnements qui s'imposent, c'est cette pièce qui offre le plus de vraisemblance pour être comparée comme une analogie à la flûte d'Istállóskö, en tant qu'instrument de musique de type identique. Voir : La ''flûte'' de Salzofenhöhle.
La grotte Bukovác de Lokve(7) a fourni plusieurs os perforés /figure 5/. Les objets trouvés sont actuellement (1950) au Musée National Historique, mais il manque justement la pièce la plus intéressante au point de vue flûte. La publication et dessin de T. Kormos permet de savoir, qu'il était fait de fémur d'ourson comme la pièce d'Istállóskö. On y trouve le trou correspondant au n°1 d'Istállóskö.
Sur l'autre bout on ne voit pas de trou percé, à cause, éventuellement, de parties manquantes. D'après Kormos la pièce est faite incontestablement par l'homme, étant peut-être un instrument de musique.
De la remarque de Kormos nous pouvons conclure qu'il n'a pas trouvé des restes de moelle dans l'os. Les épiphyses ont manqué des deux côtés. D'après M. Mottl la pièce est tout à fait semblable à la pièce de Salzofenhöhle. Voir: La ''flûte'' de Lokve.
Il reste à examiner la question : À quoi pouvait servir la flûte dans la société paléolithique ?
Il faut soupeser les possibilités suivantes : en dehors de l'accompagnement des soirées dansantes
a) avait-elle une fonction pratique, signaux ou imitation des sons du gibier ?
b) quel était son rôle magique, rituel ?
c) est-il possible que ces objets étaient des jouets sans rapport avec la musique ?
Il est certain que les hommes du paléolithique étaient obligés de faire appel à des signaux pour communiquer entre eux, et même pour élaborer des systèmes de communication sonores à l'aide de sifflement. Mais ils pouvaient le faire ceci de façon plus efficace en sifflant par exemple à l'aide des doigts (opinion de Vértes). L'imitation des sons d'animaux est également possible sans instrument.
Puisque les peuples primitifs, dans leur majorité, ne sont pas parvenus à la distinction entre plaisir esthétique et conception magique et religieuse, il est exclu que la flûte ait eu seulement un rôle esthétique. Cette fonction esthétique est déjà hors de question pour la simple raison que la flûte d'Istállóskö en l'absence de nombreux trous, est inadaptée à la création de mélodies.
(Cette opinion doit être modifiée par la suite).
L'hypothèse du jouet paraît peu fondée, et ne serait que limitée à quelques régions arctiques (34).
Les observations ethnographiques citées par Sachs(11) nous permettent de raisonner comme suit : les flûtes sont le symbole de la virilité et par suite de la fécondité (par exemple les instruments pour agir sur le temps), donc elles sont en rapport avec l'idée de la réincarnation (l'endroit où séjournent les morts) et sont les accessoires du culte des morts.
Sachs donne des exemples nombreux à tous ces éléments, mais ces exemples s'étendent à un si large domaine de l'activité intellectuelle des peuples primitifs, qu'il serait sans fondement de rapporter tout cela à une similitude qu'il a soulignée mais qui semble fortuite. D'après nous, le rôle de la similitude phallique est secondaire et la base de la pensée évoquée réside dans l'attribution de force magique par les peuples primitifs à tout phénomène incompréhensible, ainsi à la flûte ''parlante'' d'une façon mystérieuse, faite d'os sans vie.
D'après les exemples cités par Sachs, cette force magique attribuée aux instruments à vent est utilisée pour influencer la météorologie (p.ex.: zulus et dakotas) ou pour l'incantation d'amour ou pour la magie maléfique. La force magique dans la flûte peut communiquer la force du propriétaire défunt à un nouveau-né, (p.ex.: uitotos) ou même les esprits des ancêtres défunts peuvent y loger, en attendant leur réincarnation dans un nouveau-né ou dans un membre fraîchement admis après la cérémonie d'initiation. D'où l'utilisation fréquente des instruments à vent lors de cérémonies funéraires (p.ex.: wayanas, todas).
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