F. Z. Horusitzky :

La fiction de la culture olchévienne d’Istállóskö II


Étant dernier co-auteur en vie de la Monographie d’Istállóskö (Vértes 1955) je n’ai pas le droit de priver la communauté scientifique de mes réflexions au sujet de la culture d’Istállóskö II.

Lors d’une étude collective en cours qui consiste à comparer les pointes caractéristiques de Potocka avec les pointes et fragments de pointes d’Istállóskö, j’ai constaté à ma grande surprise la faiblesse de cette culture supérieure en pointes organiques.

J’ai cru cependant que les pièces de niveau supérieur se détachent fermement de l’ensemble du niveau inférieur.

Les études de Vörös (1984, 2005) ont révélé l’existence de niveaux culturels sans foyer et l’intérêt de feuilleter les pages du Journal des Fouilles de Vértes.
Dobosi T.V. (2002) a utilisé abondamment les données des Journaux des Fouilles.
Ce journal révèle les hésitations dans l’attribution des pièces en dehors de celle de près des gisements du fond à l’une des cultures supérieure ou inférieure.

Mon étude se limite aux pointes osseuses où j’essaie d’analyser la question des bases solides et non fendues. Mes je dois admettre aussi que les conclusions peuvent être différentes si on tient compte du matériel lithique.

Je propose d’introduire la notion d’Istállóskö*1,5 en tant que niveau intermédiaire et comme indication de profondeur autour de 1,5 m.

La culture d’Aurignacien II = Périgordien = Olschewien discutable

La culture supérieure est flottante et dans les écrits de Vértes on connaît l’évolution des idées et l’attribution “supérieure” à quelques pointes à base non fendue.

Le nom Olschewien apparaît pour la première fois dans la Liste des Outils de 1951, sans être mentionné dans le Journal, où la flûte est jugée semblable à celle de Bukovac. La flûte devient outil Olschevien dans la liste à cause de l’adoption de Bukovac parmi les olchéviens par Bayer qui affirme que les perforations sont les caractéristiques principales de l’Olchévien. En même temps il n’exclut pas formellement les bases fendues de cette culture nouvellement inventée.

Par la suite les pointes de Lautsch, de Mladec, d’Olcheva sont indifféremment utilisées par Vértes créant ainsi une certaine confusion. Il est évident que pour Vértes (et pour beaucoup de chercheurs)
la pointe de Lautsch - Mladec est tout simplement une pointe à base non fendue.

Dans la Monographie 1955 on peut lire : “Mladecer (Olschewien) Lanzenspitzen” mais dans le manuscrit trouve encore “Lautsch”.



L’utilisation du terme Olchévien dans les écrits de Vértes est assez peu cohérente.
Dans la Monographie 1955 page ..... il annonce le chapitre Pointe de lance de Lautsch (Mladec) “Olchéviennes”. Après une analyse perspicace il conclut que la culture Olchévienne de Bayer en Yougoslavie, Autriche, Moravie, Hongrie, Pologne n’a plus de raison d’exister et il faut la considérer comme une forme de manifestation d’Aurignacien II d’Europe Centrale. Sous entendu qu’il s’agit d’une olchévienne contemporaine ou plus ancienne que l’Aurignacien I.

À la page 284, 290 Vértes (1955) reprend le terme Olchevien, la culture olchevienne de Bayer existe de nouveau mais elle devient contemporaine avec l’Aurignacien II d’Istállóskö. Cette renaissance est accompagnée de migrations spectaculaires de peuplades.

À partir de 1955 l’appellation Olchévienne - Mladec continue sa carrière (Lautsch disparaît par solidarité avec le démembrement de l’empire Austro-Hongrois):



En 1965 les pointes sans base fendue sont appelées Olchéviennes

Dans le livre Vértes 1965, p.174 te texte reconnaît 4 pointes “sûrement” olchéviennes dans le niveau culturel supérieur c’est à dire dans l’Aurignacien II (on peut lire aussi plus bas : “la culture d’Olschewa correspondant à notre Aurignacien II “
En revanche sur la page 302 le nombre des pointes, cette fois d’Olschewa, gagnent une pièce :


Commentaires :
Le “Geweihende” a disparu et a rejoint, probablement, la liste des Olchéviennes.
La flûte 51/20 a été oubliée.
Les pointes Olschewa : probablement le “Geweihende” et la pièce “Sans numéro, Dobosi Page 88” sont ajoutés aux trois pointes de la Monographie.

Les pointes à base non fendue sont ignorées et niées dans la couche inférieure.
La pointe clairement identifiée comme base fendue et classée comme Aurignacien II dans le texte et sur les illustrations de la Monographie, est occultée sur les listes de 1955 et de 1965.

On voit un flottement entre foyer supérieur, foyer inférieur, Aurignacien I et II, Périgordien, Mladec(=Lautsch), Olschewa et Istállóskö.

Il semble qu’il est temps de clarifier les appellations et d’appeler les choses de leur nom.

Comme point de départ nous pouvons annoncer que Istállóskö était peuplé de gens d’Istállóskö, Potocka (et Mokrica) étaient des habitants de la montagne Olcheva, et Mladec était visité occasionnellement aussi par des chasseurs de l’époque Aurignacienne.

Appellation “aurignacienne” :

Avant de déclarer aurignaciennes les cultures d’Istállóskö nous devons préciser le sens que l’on donne à la désignation “Aurignacienne” :
1) zone géographique,
2) âge chronologique,
3) niveau culturel ou
4) relations ethniques.

1) Évidemment Istállóskö et Aurignac ne sont pas dans la même zone géographique.
2) Istállóskö et les niveaux aurignaciens I,II,III,IV,V etc. peuvent avoir une contemporanéité mais avec les turbulences des âges radiocarboniques actuelles, la comparaison chronologique n’a pas beaucoup de sens aujourd’hui et avait encore moins de sens en 1950-51.
3) Au niveau culturel il existe une parenté indiscutable à cause des bases fendues mais l’association de certaines couches d’Istállóskö avec certaines couches d’Aurignac ou d’autres grottes de France reste la tâche des chercheurs en France et nous n’avons pas le droit de faire des affirmations à ce sujet.
4) Quant aux relations ethniques il est possible que les mêmes gens soient passés par la vallée du Danube avant d’atterrir en France, transportant les mêmes traditions, en admettant que la technologie soit liée aux traditions plus qu’aux nécessités de survie dans des conditions similaires, mais cette hypothèse exclut la contemporanéité.

Il en résulte qu’il est peu justifié d’appeler Istállóskö Aurignacien, à moins qu’on entreprenne une étude approfondie des sites en France et on trouve des arguments solides. Il nous semble plus prudent de nous limiter aux appellations Istállóskö 1, 1,5, 2 et 3. Nous verrons que cette division doit se limiter à l’âge des gisements et à leurs conditions climatiques mais non à des différences culturelles notables.

Les appellations Mladec, Olschewa type de Mladec (ou Lautsch :

Dans l’esprit des chercheurs Mladec veut dire tout simplement base non fendue. Une base non fendue peut ressembler à la grande pointe de Mladec ou à une pointe typique d’Olcheva ou elle peut être semblable à certaines pointes d’Olcheva non typiques. Une base non fendue peut être aussi une base biseautée. Nous saluons Allsworth-Jones (1985) qui ne fait aucune allusion à Mladec lorsque la base d’une pointe n’est pas fendue.

On a l’impression que Vértes dans sa volonté de séparer les cultures a considéré toute pointe où la base était invisible comme pointe inclassable mais appartenant tout de même à la culture supérieure puisque la fente était inexistante (même si la base toute entière était inexistante.)

L’identification des cultures d’Istàlloskö I et II par Vértes a permis de fixer les esprits et nous sert de base à nos recherches, conformément à l’esprit de Vértes qui a exprimé le souhait que ses résultats restent au moins partiellement valables et servent de base aux futures recherches.
“Je serais heureux de savoir si dans cinquante ans 15 - 20 % de mes déterminations seront encore valables” Vértes 1957, page 209,
“Les résultats vont arriver peut être dans quelques années quand - espérons - les opinions, critiques verrons le jours au sujet (de la Monographie) et quand un spécialiste quelque part utilisera nos informations” Vértes 1957 page 204)

Les futures recherches c’est maintenant. Nous analysons les vertus et les faiblesses du travail de Vértes et nous regrettons que le matériel archéologique n’a pas été véritablement publié. Nous pouvons éprouver vivement l’envie de connaître la situation réelle de chaque objet.
Notre travail consiste à retrouver les informations dans des documents sporadiques et incomplets.
Cette recherche nous a amené à contester la conception de Vértes sur la séparation des cultures qui est devenu un dogme dans la profession.

Après la première constatation sur la faiblesse de l’inventaire d’Istállóskö II nous avons découvert
que les stratigraphies de Vértes affichent les couches à foyers et les couches culturelles sont associés aux couches de foyer. L’examen des foyers renforce l’idée de séparation des cultures.

Mais regardons les choses en face :
Les gens qui se sont réchauffés autour du foyer se sont reposés ailleurs et ont laissé également des objets en dehors des zones du feu, à l’endroit où ils ont dormi et assuré la pérennité du groupe.
Il suffit de regarder la provenance des objets : la séparation de Vörös en zone culturelles sans et avec foyer trouve son origine dans les Journaux des Fouilles.

Les Journaux des Fouilles indiquent clairement la continuité des couches culturelles depuis Istállóskö I jusqu’à Istállóskö III.
Vértes a dû se rendre compte que sa théorie est branlante et la stratigraphie ne permet pas de l’affirmer. Alors nous avons le sentiment que uniquement la typologie a permis de séparer les cultures et celle-ci était basée exclusivement sur la présence ou absence de bases fendues.
Ce critère est devenu obsessionnel et les fragments sans base ont été classés parmi les bases non fendues suivant les nécessités du niveau.
Revenir en arrière et rectifier sa thèse lui est devenu impossible.
Le conflit entre observateur et concepteur se manifeste dans les lignes qui commentent la pointe à base fendue trouvée dans la couche supérieure :

Texte de Vértes pour exclure la pointe Pb50/159 : “Nous devons cependant signaler que le Pb50/159 et une ponte à base fendue qui n’a plus rien à chercher dans cette couche. Nous ne sommes pas partisans de repousser ultérieurement les frontières des couches en fonction des objets trouvés. d’après notre meilleur savoir cet outil a été trouvé dans la couche de foyer supérieur. À cause des fouilles nombreuses superposées il est permis de supposer que nous avons trouvé l’objet à un endroit secondaire...... En plus il faut tenir compte des perturbations dues aux animaux.......”

Notre remarque : le Pb50/159 n’est pas le seul fragment à base fendue dans cette couche dite supérieure .
Le Pb50/155 et 157 proviennent de la même couche le 22 septembre 1950 au matin, probablement à 1,40 - 1,55 m de profondeur, sous le foyer dont la profondeur est de 1,2 à 1,5 m ont également des bases probablement fendues.
Après l’analyse et la reconstruction des fragments en cours d’étude nous pourrons probablement élargir le nombre des base fendues dans la zone de 1,5 m et d’identifier des bases non fendues dans les couches inférieures.

La conception d’Olchévienne débute le 28 avril 1951 quand Vértes trouve la flûte et découvre la parenté avec l’Olscewian de Bayer.
Il n’y a plus d’autre mention d’Olchévien dans le Journal et dans la Liste des Outils de 1951.
L’avancement de l’idée de couche culturelle supérieure est observable au début du remplissage des étiquettes au Musée où Foyer supérieur a été remplacé par Aurignacien mûr:

:


Ces deux cas sont rétrogradés de foyer supérieur à l’Aurignacien mûr c’est à dire Aurignacien I.

Le remaniement du Journal des Fouilles 1950 s’ensuit avec un certain nombre où malgré la profondeur les objets deviennent Aurginacien II = Périgordiens.

Ces cas relativement nombreux seront examinés lors de la discussion des pièces maîtresse de la couche culturelle supérieure.

A l’époque de l’Aurignacien ancien nous pouvons identifier des cultures et des trouvailles sporadiques.

Parfois des trouvailles sporadiques constituent des groupes et donnent l’impression d’une culture hétérogène. En réalité le résultat de plusieurs visites occasionnelles du site laissant des traces sporadiques à plusieurs époques.

Nous pouvons qualifier ``culture`` Istállóskö I et Potocka zijalka. L’existence de culture Istállóskö I ne signifie nullement que les couches II et III d’Istállóskö représentent également des cultures.

Vértes avait l’ambition de découvrir des mouvements de populations, de cultures et leur évolution.
Quand il a trouvé deux couches d’habitation à Istállóskö bien séparées en niveaux supérieure et inférieure il était dans l’esprit des temps d’attribuer le niveau supérieur à une population distincte de la population de la couche inférieure.

Cependant, l’existence d’une couche de culture dans une grotte ne signifie pas que toutes les couches de la grotte possèdent cette qualité et hébergent également des cultures.

A l’époque de l’isolement politique la tendance naturelle des chercheurs était la volonté d’appartenir à des courants de pensée dépassant les frontières. On a surestimé l’importance de nos voisins germaniques et il était très tentant de découvrir la culture soit disant olchévienne qui relie la science hongroise surtout à Vienne et beaucoup moins à Ljubljana.

Vértes a pu estimer que la couche supérieure contient des restes d’ours des cavernes, un fémur perforé, des pointes avec la base cassée qu’il a pu qualifier dans le doute total comme des bases non fendues, toutes ces caractéristiques de l’Olschewien de Bayer mais malheureusement aussi des outils en silex qu’un olchévien bien éduqué n’aurait pas dû posséder.

La recherche est partie dans le but de trouver un résultat et non dans l’esprit d’analyser les résultats trouvés.

Dans cette volonté de regrouper tous les emmanchements possibles sous l’étiquette olchévienne pour la simple raison qu’à la base aucune trace de fente n’était visible, pour la simple raison que la base elle même était invisible parce que manquante, nous nous sommes retrouvés avec la fiction de la culture Aurignacien II à Istállóskö.

L’ensemble des objets organiques du niveau supérieur - une vingtaine de pièces - ressemble à la collection de Dzerava skala. On pourrait les appeler regroupement de sous-ensembles sporadiques de quelques pièces chacun.

Suite. La fiction Olchévienne