F. Z. Horusitzky :

Artefacts osseux d’Istállóskö au Musée BORSOD - MISKOLC
Visite en automne 2005


Copie du livre d’inventaire de Miskolc :

Traduction de l’inventaire :
N° d’inventaire 53.37.11 Alêne en os 66 x 15
Fouille Nemeskéri barré
Hillebrand 1914 côte animale polie

Je n’ai trouvé aucune publication de cette pièce.


La section insolite de la pièce empêche les
tentatives de reconstruction. Une évaluation
archéozoologique doit précéder les méditations
sur sa fonction

Ci-contre : Deux exemples d’artefacts en os
avec le bout entaillé.
Potocka zijalka n°27 (Brodar & Brodar 1983)
et Istállóskö Pb50/173






L’excavation du Docteur A. Saád et de G. Megay en 1926


Le Docteur Saád a trouvé un éclat gravettien atypique, deux pointes aurignaciennes et plusieurs “lames de Kiskevély”. Les pointes proviennent de la couche de foyer inférieur.

G.Megay a trouvé une couche “culturelle” plein d’ossements d’enfant brûlés à l’entrée de la cave dans une profondeur néolithique plus récente.

Stratigraphie de Saád au fond de la grotte :


La pointe avec cannelure :
124 x 14,3 x 14,3
La cannelure est considérée comme un canal pour faire saigner la proie que l’on retrouve fréquemment au Magdalénien.

Ce diagnostic nous fait réfléchir.
D’une part les aurignaciens n’ont pas utilisé les andouillers à l’état naturel bien que les pointes étaient tout préparées et on cherche les raisons de cette désaffectation.
Peut-être à cause de l’emmanchement problématique : creuser un trou dans une hampe en bois a dépassé les capacités des aurignaciens et aurait nécessité des lames très minces et effilées ou des microlithes au bout de bâtons.
Au Magdalénien souvent on grave les pièces de bois de cervidés pour les besoins de la chasse. Voir exemples à Pekarna et à Laugérie-Haute.
Nous avons un autre exemple magdalénien ou le creux est rempli d’éclats de silex où le rôle du sillon pouvait être autre que l’écoulement du sang.

Certains ont pensé que les sillons sont des réservoirs de poison.

Mais à l’aurignacien nous ne connaissons aucun autre exemplaire creusé de cette manière.
Il est donc permis d’avancer une troisième ou quatrième hypothèse :
il s’agit de deux pointes en cours de fabrication et le sillon servait à séparer les deux faces.
Cette opération est restée inachevée peut-être à cause de la fracture, et la pièce, au lieu de se scinder en deux, s’est fracturée en longueur.
En observant le sillon en coupe on remarque sa profondeur, avec un petit morceau (de pierre ?) incrusté comme si la fracture était la suite de l’opération de séparation des deux faces.



La pointe de sagaie à base fendue
152 x 18,5 x 9,3

À ma grande stupeur je constate que la photo et le dessin du profil me manque sauf pour la partie près de l’emmanchement.
Le profil est probablement droit et régulier et il aurait suffi de relever quelques cotes d’épaisseur ou bien il s’agit d’un oubli de ma part et alors je compte sur le pardon de la communauté scientifique.

La reconstruction commence par l’évaluation de la courbure qui a tendance de suivre la ligne d’un andouiller de cerf.
Si la courbure est peu prononcée on peut supposer un emploi comme sagaie.
Au cas contraire il s’agirait d’une lance.
Le dilemme peut être levé par le bout important qui manque qui plaide en faveur d’un impact violent donc en faveur d’une sagaie.

En cas de sagaie la pointe a dû frapper un arbre et pénétrer jusqu’à 2 cm et se fracturer dans cette position.
Après la fracture un flambage encastré/pivotant a dû se produire qui a conduit à la fracture de sa base, nécessairement fendue.
La fracture au milieu s’est produite ensuite sous la terre ou pendant la fouille.


Une autre possibilité est une fracture distale où le flambage encastré/pivotant (à 33 %) se transforme en flambage pivotant/pivotant (à 45 - 50 %) après la cassure de la base suite au flambage encastré/pivotant.
La pièce en bois de cerf pouvait rester ensemble après la fracture et le pliage au milieu, et être récupérée au même endroit.

La reconstruction avec base massive présente des difficultés. Si la base était massive l’impact n’aurait pas pu casser la base mais aurait provoqué une fracture apicale.

Les incisions de la partie apicale évoquent la similitude avec un grand nombre de pointes de Potocka zijalka et on fait appel aux compétences des archéozoologistes pour discuter du problème de la chasse par empoisonnement du gibier.



Exemples de pointes magdaléniennes avec cannelure




Saád est étonné de la pérénnité des cannelures de l’Aurignacien jusqu’au Magdalénien et il émet l’hypothèse d’une parenté des deux cultures (opinion de 1929).
Il en déduit que les cannelures ont été très utiles et ont rempli parfaitement leur fonction.

Nous pouvons retourner cette argumentation. Puisque cette filiation nous paraît peu probable nous serions tenté de ne pas considérer la cannelure de notre pièce comme un canal de saignement.
Entre les pièces magdalénienne et la pièce d’Istállóskö il existe des différences notables :

Les exemples présentés ont une section plutôt plate donc l’artefact semble avoir été une pointe.
En revanche la section ronde de la pièce de Miskolc rend difficile toute spéculation sur l’emmanchement.




Sujet peu connu : les cannibales d’Istállóskö


Dans la partie avant de la grotte on a trouvé les restes de repas néolithiques composés de nombreux ossements d’enfants.

À cette occasion je pose la question si nous, hommes et femmes anatomiquement modernes, en plus doublement sapiens, avons-nous le droit d’aborder le sujet du cannibalisme d’il y a 50.000 ans sans rougir de honte ?

M. Patou- Mathis (2006) dans son livre “Neanderthal” a contourné le problème d’une façon élégante : elle a cité les nombreux cas de cannibalisme récent et au temps néolithique en atténuant considérablement les tendances anthropophages des Neanderthals, soit difficilement démontrables soit très anciennes (Krapina).
Après son analyse de l’endo- et de l’exocannibalisme elle fournit des exemples surtout d’Amérique.

Malheureusement nous pouvons et nous devons compléter ce tableau sinistre.
On peut encore être indulgent quand il s’agit de consommation des prisonniers de guerre ou des cadavres de parents décédés.
Mais l’horreur ne s’arrête pas là, la consommation alimentaire fait des ravages :
1) Consommation de l’homme gibier
2) Consommation des membres du même groupe réduits en esclavage
3) Consommation des enfants volés, souvent ceux du voisin (ce qui s’est passé probablement à Istállóskö).
4) Consommation des morceaux de victime vivant (immortalisé par le génie de Voltaire dans “Candide” mais aussi attesté par le récit d’un explorateur)

Des explorateurs d’Afrique, comme Schweinfurth, Barth, Clapperton, Arbousset, Kohl-Larsen et surtout le hongrois László Magyar autour de 1850, fournissent des exemples nombreux pour ces catégories de barbarie sapiens.
L’homme gibier est le résultat de la sédentarisation et le début de l’agriculture et de l’élévage.
Les peuplades plus primitives sont expulsées vers la forêt vierge et, animées par leur nature essentiellement paresseuse, se mettent à piller les agriculteurs et à ravager les récoltes.
En fait ils se comportent exactement comme les éléphants et d’autres herbi- ou omnivores qui font des dégâts considérables dans les cultures et les troupeaux. Pour les villageois tous les mammifères qui pillent font partie de la même catégorie : ils les abattent et ils les mangent sans faire de différence. Entre-temps les primitifs chassés deviennent de plus en plus méchants. Nous avons un l’exemple où un explorateur, grand ami des africains, tue un “scélérat” de la forêt qui a perdu toute trace d’humanité.

La catégorie “1” est encore accessible à notre compréhension mais les catégories suivantes sont franchement déroutantes.
Les africains ont eu la fâcheuse habitude de réduire en esclavage une proportion considérable de leur cohabitants, aidés par les manipulations superstitieuses de leurs affreux ngouroungourous.
Ces pauvres gens convaincus que la fatalité les persécute, attendent paisiblement la prochaine sécheresse pour être mangés.

Vu de cette optique nous devons réviser notre jugement sur l’escalavagisme. Quand ces illustres chefs de tribu ont découvert que la viande humaine peut valoir plus que la viande de bœuf, les candidats à la consommation ont été amenés aux ports et embarqués pour l’Amérique. Ceux qui ont survécu aux terribles conditions des déplacements terrestres et maritimes, ont retrouvé une ambiance où
- les lions ne menaçaient plus personne,
- la famine (très probablement) n’existaient plus grâce à la prévoyance totalement ignorée en Afrique,
- les ngorongoros ont été réduits au silence par les missionnaires (c’est tout de même mieux),
- personne n’a osé voler et manger leurs enfants,
- le risque d’être immolé ou enterré vivant lors du décès du roi de village a été écarté,
- les femmes esclaves en Afrique ont dû continuer le même travail (bien que les insectes et les serpents n’étaient plus les mêmes et pouvaient être plus voraces),
- la domination des mâles noirs a été remplacée par celle des chefs blancs (qui avaient intérêt à ne pas épuiser totalement la population féminine, et songer à l’avenir de la plantation grâce aux naissances),
- les pauvres mâles : en effet c’était le désastre. Aucun privilège, aucune pause, aucune distraction de chasse, pas d’amusements guerriers, interdiction de tuer les autres. Il faut dire qu’ils étaient déjà privés de ces distractions quand ils sont tombés dans l’esclavage autochtone. En avant, au travail, Messieurs, avec les dames, plus de dimorphisme sexuel !

On se rend compte que le cannibalisme n’est pas l’attribut du primitif comme encore aux temps de Neanderthal mais, au contraire, c’est un signe d’évolution en passant du néolithique aux africains du siècle passé et aux barbaries des temps modernes. Ce n’est jamais les plus attardés qui se mangent mais ce sont les groupes plus évolués qui mangent les autres, comme disent les théoriciens des révolutions : la révolution ne s’éclate pas parmi les plus pauvres mais au milieu des peuples capables de s’organiser.

Et on peut y ajouter que les ours qui mangent parfois leurs petits, le font par préoccupation paternelle quand les perspectives de l’existence sont devenues trop précaires.


Bibliographie :


Saád A. 1927 : Die Ergebnisse der Ausgrabungen in der Istállósköer Höhle im Jahre 1927 Die Eiszeit 1927 p.97,98
Saád A. : 1929 : A Bükkhegységben végzett kutatások újabb eredményei Arch. Ért. 43 238-247
Saád A. : 1930 : Ein Fall von Kannibalismus aus der Neolithzeit in der Istállósköze Höhle.
Eiszeit 7 1930 p. 107
Brodar S. et Brodar M. 1983 : Die Höhle Potocka zijalka, eine hochalpine Aurigancjägerstation.
Dela 1 razr. SAZU 24/13 Ljubljana
Peyrony D. 1938 : Laugerie-Haute près des Eyzies (Dordogne) Archives de l’I.P.H 19 Paris
Absolon K. und Czizek R. 1926 : Die paläolithische Erforschung der Pekarna Höhle in Mähren. Brno.
Patou-Mathis M. 2006 : Neanderthal. Une autre humanité Paris Perrin
Magyar L. 1859 : Reisen in Süd-Afrika in den Jahren 1849 bis 1857. vol. 1
(Pest-Leipzig, Lauffer-Stop, 1859).
Ricard A. 2000 : Voyages de découvertes en Afrique. Anthologie 1790 - 1890. Robert Laffont Paris.

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Journal des fouilles de L.Vértes

24 janvier 2007