Expériences de perçage dans un fémur de cochon
F.Z. Horusitzky
Lors de la découverte de la flûte présumée de Divje babe°I les chercheurs slovènes ont entrepris une série d’expériences pour démontrer que les trous ont été percés très probablement par l’homme. (TURK et coll. p.164)
Les techniques préconisées : 1) “boring”, 2) “cutting (chiselling), sawing, filing” 3) “knapping or chipping”, 4) “piercing” (équivalent du “punching”).
“Boring” est à exclure, la forme d’entonnoir et la trace de rotation de l’outil ne sont pas visibles sur la flûte.
“Cutting” : le ciselage, comme sur la pointe n°75 de Potocka zijalka, n’est pas discernable sur la flûte.
“Chipping” : ce procédé produit également des trous coniques plus larges à l’extérieur et des traces caractéristiques inexistantes sur la flûte.
“Punching” de la diaphyse en général fait casser l’os. “Les trous faits de cette façon ne diffèrent pas des trous que des carnivores auraient pu produire. Dans les deux cas le trou est plus large vers la direction de la force (donc vers l’extérieur ?). Un entonnoir interne et irrégulier est créé par l’effritement de l’os compact. Sur le bord même, qui peut former un arc, il n’y a pas de dommage visible. Parfois un fragment de bord peut éclater vers l’extérieur.”
Par la suite, des contestataires ont émis l’opinion et affiché la certitude que l’opération de perçage est à attribuer aux animaux.
Albrecht (ALBRECHT et coll. fig.12.1). Expériences n°3 avec un silex : “trou intérieur 6 mm, extérieur 7 mm, il n’y a pas d’effritement à l’intérieur.”
Série n°4 : pression en étau d’un fémur de cochon. Trou 10 mm, seulement les gros carnivores ou l’ours sont capables de le faire, effritement intérieur typique Fig.10/4 , le perçage a réussi vers l’extrémité de l’os ou la paroi est plus mince.
Pour clore le débat, une nouvelle série d’expérimentation a eu lieu en Slovénie avec la démonstration que les fauves n’avaient pas les dents ni la force pour percer des grands trous réguliers et les observations microscopiques ne pouvaient pas donner une réponse claire quant à l’origine artificielle ou naturelle des trous parce que les traces d’usinage ont été effacées au cours des âges. (TURK et coll. 2001 p.67)
Les spéculations ci-dessus ont abouti à une impasse :
Les contestataires refusent toute idée de fabrication humaine, tant que l’on ne trouve les preuves indiscutables. Ces preuves sont la forme d’entonnoir avec élargissement extérieur et les bords avec des rayures circulaires.
Les preuves recherchées sont le résultat d’une méthode de fabrication préconçue suivant nos idées d’aujourd’hui.
Les preuves selon les slovènes est justement l’effacement de ces signes de fabrication et l’impossibilité de trouver les bêtes dont la dentition correspondrait au problème posé.
Pour sortir du dilemme il fallait envisager la combinaison des diverses techniques appelées “drilling”, “scraping”, “pressure flaking” (KUNEJ,TURK 2000 p.245) et “chipping by rotating”.
Le résultat (BASTIANI, TURK p.177) “method that combined both chipping and punching, turning the tool (pointed tool) est le suivant :.
La conicité vers l’extérieur est complètement évitable avec une pointe à forme de langue (tongued tool).
Les irrégularités du bord disparaissent par l’usure (utilisation assidue ?) ou par abrasion naturelle. Les coins dus au “chipping” sont visibles.
D’après Chase (CHASE&NOWELL p.552) : les traces de fabrication de la flûte sont invisibles parce que Bastiani a fait tout pour que les trous soient semblables aux trous de la flûte sans laisser de traces.
Bien que les expériences de Bastiani soient tout à fait probantes, nous avons expérimenté une méthode combinée légèrement différente de celle appliquée par lui. (Notre but aussi était légèrement différente : l’investigation sur la fabrication des trous d’Istállóskö et d’autres flûtes possibles).
Combinaison d’outil tournant sous pression et en deuxième phase le poinçonnage avec des poinçons de deux tailles différentes.
Le résultat est caractérisé par des trous grands et réguliers, sans conicité extérieure, sans traces de rotation,
avec effritement et conicité intérieure. Sur l’autre face on voit la réaction à l’opération de poinçonnage.
L’outil était un caillou de forme paléolithe rudimentaire, retouché sur une seule arête, dont on a fait sauter un éclat.
La force pendant la rotation alternée de ±180° était de 100 à 120 N. L’os a été tenu par la main gauche et celle-ci s’appuyait sur la jambe. Le temps nécessaire au perçage du trou de 10 mm était approximativement d’une demi-heure.
Après quelques mouvements on a retourné l’os de 180°.
Les poinçons, à l’origine des dents d’hyène ou d’ours, ont été simulés par des vis : 5 et 6 mm pour le petit trou, 8 et 10 mm pour le grand trou.
La longueur de l'outil et des os :
outil : 103 mm, fémur entier : 113 mm, os éclaté : 94 mm, tibia : 104 mm



Remarques :
L’outil : le caillou a été trouvé sans difficulté. L’outil a résisté pendant les opérations sans usure notable. Il semblerait donc que l’outil qui a percé les trous ne se trouve pas forcément parmi les objets des fouilles.
L'épaisseur de l'os compact : env. 4 mm.
Le grand trou de la Figure 4 :
Le perçage a créé un entonnoir de 10 mm.
Le trou de 10 mm est un peu plus grand que les trous de Divje babe°I. Les coins du “chipping” ne sont pas visibles comme sur l’un des trous de Divje babe°I. La technique d’alors et notre technique présentée peuvent être similaires avec la réserve que les gens de Divje babe°I ont utilisé un poinçon un peu trop large par rapport à l’entonnoir ce qui a pu produire des éclats vers l’extérieur aussi.
Poinçonnage avec marques contra-latérales : en frappant le poinçon de 6 mm on a crée des contra-marques de 0,2 mm de profondeur.
Force de frappe : le poinçon de 6 mm a nécessité une frappe énergique. L’homme des cavernes a dû utiliser une pierre de 1 à 2 kg.
Le poinçon de 8 mm a pénetré dans le trou avec peu d’effort.
Les poinçons 5 mm et 6 mm ont dû laisser peu de contra-marque du fait de la légèreté de la frappe nécessaire.
Le poinçonnage sans avant trou était sans résultat. Même avec une frappe beaucoup plus forte que celle appliquée à l’avant-trou, l’empreinte sur l’os était minime.
Le petit trou, Figure 4 :
Le perçage a créé un entonnoir de 5 mm. Le poinçon de 5 mm, aussi large que le bord de l’entonnoir, a produit un éclatement partiel vers l’extérieur aussi, d’où l’irrégularité du trou.
Les essais sur un fémur de veau (Figure 10) ont montré que si le perçage d'avant-trou ne produit pas un entonnoire qui atteint le canal médullaire, un poinçon de 4 mm fait éclater l'os.
Il semble que le poinçonnage sans perçage préalable est une technique sans issue (comme cela a été constaté aussi par Turk et coll.)
Résultats :
La combinaison de force, rotation et poinçonnage produit des trous à contour régulier et ayant une conicité qui s’élargit vers l’intérieur.
La pression énorme de plusieurs centaines de kilogrammes ne serait jamais nécessaire.
La frappe, même énergique, ne risque jamais de casser l’os (sauf par maladresse).
Le trou épouse la forme de la dent.
Il est manifeste que la dent d’animal intervient obligatoirement dans l’opération humaine, d’où les hésitations des chercheurs.
La dent animale a dû être tronquée pour obtenir la surface du poinçon nécesaire ou pour ne pas buter dans la cavité sur la face opposée.
Les os troués
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Références :
1) TURK et coll. : Monographie “Mousterian bone flute” 1997 Ljubljana
2) ALBRECHT et coll. : “Flöten” aus Bärenknochen -Die frühesten Musikinstrumente ? Arch. Korrespondenzblatt 28 1998
3) TURK et coll. 2001 : Nove analize “piscali” iz Divje babe°I (Slovenija)
The analyse of the “flute” from Divje babe°I (Slovenia) Arheoloski vestnik 52, 2001
4) Drago KUNEJ, Ivan TURK : New perspectives on the beginnings of Music : Archaeological and Musicological Analysis of a Middle Paleolithic Bone “Flute”.
In “The Origins of Music edited by Wallin, Merker,Brown Cambridge/London(2000)
5) BASTIANI, TURK : Monographie Divje babe°I p.177 5)P.
6) P.CHASE, A.NOWELL : Taphonomy of a suggested Middle Paleolithic bone flute from Slovenia Current Anthropology 39, 549-553 1998