Les artefacts osseux de Bukovac
Une seconde “flûte” possible à Lokve ?
F. Z. Horusitzky
Les os de Bukovac, notamment la pointe de “Lautsch-Mladec” et les quatre pièces trouées ont connu par le passé des sorts et interprétations très mouvementés, notamment en rapport avec “l’Olschewien” défini par Bayer en 1929.
Le terme controversé “d’Olschewien” a pour nous une signification unique et indiscutable : Olchevien est celui qui habite à la Montagne Olcheva, à cheval sur la frontière Austro-Slovène.
Cependant, pour alléger l’écriture et pour faire la distinction entre Potocka zijalka même et la région et l’époque caractérisées par les os perforés des ours des cavernes, nous utiliserons Olchevien au sens géographique et chronologique large. Ce terme permet d’éviter l’emploi de l’Aurignacien dont l’utilisation serait impropre avant la manifestation de cette culture à Aurignac même.
Histoire de la recherche dans la grotte de Bukovac
Les os de Bukovac sont d’une part des artefacts et des os de la faune que l’on doit prendre en considération pour élucider la chronologie.
Les artefacts osseux sont au nombre de 5 dont 4 sont conservés au Musée National de Budapest :
Une pointe appelée (faussement) de Lautch/Mladec Pb 602
Un radius à un trou Pb 605 (sur l’étiquette par erreur : fémur)
Une côte perforée à trois trous Pb604
Un fémur à un seul trou (pièce perdue) Pb 606
Un fémur à deux trous Pb607 (sur l’étiquette écriture de Vértes : Tibia)
Les étiquettes au Musée National de Budapest ont été établies par Mária Mottl en 1936.
Après la publication de Kormos (1912) avec les figures du fémur perdu, de la pointe et la côte, ainsi que les données sur la faune et sur les gisements, l’information suivante vient de Bayer (1929).
Bayer n’y ajoute rien et s’en sert pour créer sa conception de la culture d’Olschewa.
Prochaine information : Kadic (1934). Copie de Kormos et comparaison de la pointe avec celle de la grotte Jankovich.
Brodar (1938) : citation du texte de Bayer.
Références communiquées par Ivor Karavanic :
Malez (1959) : Speleoloska Istrazivanja Krsa U 1956. godina.
Malez effectue trois sondages et confirme les résultats de Kormos en y ajoutant un oiseau (Lagopus alpinus = mutus) et en signalant les parois de la grotte polies par les ours.
Un certain nombre de publications en croate et en slovène reproduisent les conclusions de Malez (1959) : Malez (1967), (1971), (1979a).
Parmi les références se trouve Malez (1979b) qui indique que le gisement avec les ours des cavernes et les artefacts se trouve au-dessous du gisement “b”, lui-même daté par C14 à 9040 BP.
L’article Malez (1979b) fournit un schéma stratigraphique très discutable : les ours des cavernes se trouveraient juste en dessous de la couche Dryas de 9040 ans BP, en plein Würm III. (Fig.21)
Un tableau dans le même volume (Malez 1979c) rétablit une situation plus équilibrée, Bukovac serait repoussé vers l’interstadial Würm II/III.
Montet-White (1996) ignore complètement Bukovac, reprend l’appellation “Olchevien” et reproduit la pointe de Mokriska jama sous le nom de Veternica.
Paunovic et coll. (2001) : énumère la liste des sites OIS 3 et OIS 2 en Croatie.
On y trouve les références des articles de Malez et des renseignements mais avec un certain nombre d’erreurs : la datation 9040 ans BP concerne la couche “b” et non la couche ”c”, qui serait d’ailleurs Aurignacien de “Würm- Late Pleistocene”, ce qui est une indication plutôt sommaire.
Examen détaillé des artefacts osseux :
1) Pointe de “Lautsch-Mladec”.
Longueur 126 mm, largeur maximale 28 mm, largeur à la base 16 mm, épaisseur 10 mm.
La section est concave-convexe.
Les pointes de Lautsch-Mladec ont une caractéristique commune : elles ne sont pas à base fendue.
La base de la pointe de Bukovac est fracturée : on ne peut pas être sûr que la base était sans fente. De plus, un examen récent à Budapest, à l’aide d’une loupe de grossissement 5, a montré une petite fêlure dans la section fracturée qui pouvait être l’amorce d’une fente dû à la cassure ou le souvenir d’une ancienne base qui aurait pu bel et bien être fendue.
Nous introduisons ainsi un nouvel élément dans la discussion sur la culture d’Olcheva.
La pointe de sagaie la plus proche de Bukovac est celle de Mokriska jama, Fig.2, à base fendue.
La pièce de la grotte Jankovich, Fig.6, mentionnée et illustrée par Kadic (1934), dont la base est cassée, a été considérée par certains comme une pointe à base fendue (Breuil 1927, Vértes 1955). Allsworth-Jones (1986) a examiné la pièce et n’a pas trouvé des traces de fente. D’ici à conclure que la base disparue n’a pas été fendue est une affirmation, peut-être, trop osée. Les calculs d’égale résistance (chapitre 6.32) suggèrent que la base de la pièce de Jankovich était fendue.
La pointe de sagaie Bukovac est très différente de celle de Badlhöhle, considérée comme Lautsch-Mladec laquelle a une forme beaucoup plus élancée et longue que celle de Bukovac.




La pièce la plus proche de Bukovac (Kormos 1912 et Malez 1967) est la pointe de Mokriska jama, Fig.3. (Brodar 1985 et Karavanic 1999) Légèrement réduite, elle se superpose convenablement avec la pointe de Bukovac. Il faut noter la différence de l’épaisseur (7 mm contre 10 mm) et la profondeur de l’entaille.
Les pointes de Velika pecina (Malez 1979 et Karavanic 1999), Fig.4-5, sont annoncées comme “probablement à base fendue” . On voit clairement la fente surtout sur la pièce en bas. Plus petites que la pointe de Bukovac, elles possèdent la même forme ventrue et plate, plus plate que celle de Bukovac.
La pointe de Jankovich (Kadic 1934) est plus élancée que la pointe de Bukovac mais on retrouve la forme ventrue.
La pièce de Tischoferhöhle (Zotz 1964) est ventrue mais la largeur maximale se trouve près de la base. La sagaie est beaucoup plus mince que celle de Bukovac.
Les sections de Jankovich et de Tischoferhöhle sont fournies par le listing d’Albrecht et al. (1972).
À Potocka et à Istállóskö les pointes à base non fendue sont nombreuses et représentent un degré d’Aurignacien supérieur (Istállóskö*2).
Difficultés : à Potocka on a trouvé parmi ces pointes aussi une unique petite pointe à base fendue.
2) La côte à trois trous
La pièce a connu des interprétations très fantaisistes comme flûte.
On peut affirmer que l’intérieur de l’os est rempli de tissu spongieux, donc la musicalité est exclue.
Il reste cependant l’énigme quant à la destination de l’objet dont les trous sont de toute vraisemblance artificiels.
La particularité de l’objet est la présence d’une contre-marque de l’autre côté, de toute vraisemblance occasionnée par une dent d’animal. Cet animal (ou homme, pourquoi pas?) avait des dents de taille moyenne, tandis que sur la face perforée les trous sont trop grands pour les animaux. Seul les canines d’ours pouvaient percer des trous de 9 mm; mais alors la pointe de la canine aurait du atteindre l’autre face aussi.
Nous sommes, peut-être, devant la preuve d’une collaboration homme-animal. Un loup a percé le premier trou laissant une petite dépression sur l’autre face aussi, et l’homme s’est mis à agrandir le trou et en faire deux autres.

3) Le radius à un seul trou
Le trou a toute l’apparence d’une origine artificielle. Sur la face opposée on ne voit pas d’empreintes dues à une éventuelle morsure.
L’os est plein de tissu spongieux, les extrémités sont bouchées.
La question brûlante est l’utilité d’un tel objet. Alors que pour les deux fémurs on peut envisager la fonction de flûte, ici et dans le cas de la côte ci-dessus notre imagination fait défaut.
L’étude de Harrison (1978) sur les sifflets de phalange fait penser qu’il s’agissait d’un accessoire de médecin-sorcier soit pour produire des sons plutôt graves et mystérieux, soit comme récipient pour les drogues, médicaments ou épices.
Voir : ANNEXE 2

4) La flûte possible (pièce perdue)
voir notre site
LOKVE
5) Le fémur à deux trous, Pb607: deuxième flûte possible
Examen de l’objet : sur la face avant, près de l’extrémité distale, on trouve un trou ovale assez régulier de 9,5 mm de grand diamètre.
Sur la face opposée, au niveau de la cassure la présence d’un deuxième trou est hautement probable, de 9 mm de diamètre. L’os, du côté proximal est rempli de terre sableuse.
L’extrémité distale est complètement fermée par le tissu spongieux. Dans le trou on voit le tissu spongieux qui bouche l’os en direction distale. Sur les côtés du trou, le tissu spongieux remplit l’os. En direction proximale on ne voit pas clairement le tissu spongieux, probablement un canal dégagé existe en direction longitudinale ou bien existait avant le remplissage du canal par la terre sableuse.
Quelle était l’utilité de cet os manifestement sorti des mains d’homme ?
1) Première hypothèse : il servait à quelque chose que nous ignorons.
2) Deuxième hypothèse : il pouvait être un instrument à vent, soit un sifflet, soit une flûte produisant plusieurs sons et des séquences mélodiques élémentaires.
Nous allons élaborer cette deuxième hypothèse sans faire aucune affirmation précipitée.
Le trou, présumé embouchure, a permis une excitation traversière mais, physiquement, il était l’équivalent d’une embouchure longitudinale, comme sur la flûte présumée n°1 puisque la cavité buccale, entre le trou et l’extrémité distale, était inexistante c'est-à-dire bouchée.
Le dégagement du tissu spongieux du côté d’embouchure ne pouvait être parfait, il convient donc de partager le canal en trois sections différentes :
Section 1) du côté distal, avec tissu spongieux incomplètement dégagé
Section 2) le canal jusqu’au trou proximal
Section 3) le canal élargi jusqu’à l’ouverture proximale.

Échelle 1/2

Essayons de suivre la fabrication de notre flûte.
L’homme de Bukovac (ou d’Olcheva) a voulu faire une flûte bouchée d’un côté et par conséquent un modèle à excitation transversale.
Il fallait couper l’extrémité proximale et percer le trou d’embouchure sur l’autre extrémité.
L’artisan a pu commencer de percer le trou suivant le procédé supposé : avant-trou par rotation alternée d’un outil quelconque suivi par un poinçonnage à l’aide d’une canine tronquée ou d’un morceau d’os façonné pour cet usage.
Ensuite une opération délicate consistait à dégager le canal sans percer l’os spongieux distal. Pour cela il fallait disposer d’une baguette dure (os ou bois) de 20 cm au moins et la manipuler jusqu’à l’embouchure. Le dégagement ne pouvait réussir que partiellement, par conséquent la section de la cavité est réduite du côté distal.
La tâche suivante était le perçage du deuxième trou avec une rotation alternée d’une pierre plus ou moins pointue. L’avant-trou ainsi engagé, l’artisan a dû choisir une dent pour poinçonner le trou à l’aide d’un marteau improvisé (procédure valable aussi pour l’embouchure).
Les essais ont pu commencer : l’objectif était d’obtenir le maximum de sons suffisamment espacés. L’expérience a montré qu’il ne fallait pas réduire trop la longueur de l’os. Il restait un paramètre dont l’objectif était fortement dépendant : l’élargissement du canal du côté proximal rempli d’os spongieux. L’artisan n’avait pas intérêt a ôter cette substance, au contraire il fallait la sculpter pour obtenir l’espacement des sons. C’est cette dernière manipulation ancestrale que nous avons simulée par le calcul.
La pièce présente une troublante similitude
avec la flûte de Divje babe I :
le demi-trou n°3 de Divje babe, ainsi que la fracture
de l’extrémité proximale sont rigoureusement
identique au deuxième trou et à la fracture
proximale de la pièce Pb607 de Bukovac.
Si nous acceptons l’existence du demi-trou n°3
sur la face arrière du fémur de Divje babe I,
nous devons admettre également le deuxième
trou artificiel de Bukovac n°2, et réciproquement.
suite DATATION
suite Chronostratigraphie-"Olschewa"-Références
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