Compléments

    Avant d’aborder la question des flûtes j’ai réuni quelques objets datant de l’aurignacien pour enrichir le débat. A deux exceptions près il s’agit d’os des ours des cavernes. Une pièce mésolithique sert uniquement pour répondre à l’idée de M.Brodar à propos de la pointe n°75 de Potocka zijalka.

    Toutes les figures sont représentées à l'échelle 0,5





    Conclusions

    Première certitude : la pratique du perçage des os des ours par les hommes est incontestable.
    Par d’autres termes il est impensable d’attribuer à tous les trous une origine naturelle.

    Nous avons pu voir 58 pièces dont la moitié peut être classé sûrement parmi les objets travaillés par l’homme.
    les trous sont à classer en trois catégories : 1) trous d’origine naturelle, 2) trous à l’origine indéterminée 3) trous incontestablement d’origine humaine.

    La grande famille des incertains doivent être classée quelque part logiquement, faute d’éléments sûrs, comme hypothèse de travail il convient d’admettre que les trous incertains sont à partager à égalité entre les trous naturels et artificiels.
    La position des partisans de l’origine naturelle des trous considèrent que tous les trous sont d’origine animale. Cette attitude rigide s’appuie d’une part sur les phalanges troués trouvés par Chase dans les coprolithes d’hyènes d’autre part sur
    la présence d’os troués dans les grottes jamais fréquentées par les hommes.

    L’origine des trous artificiels est admis par un grand nombre de chercheurs qui ont pu examiner directement les os. Leur jugement est souvent basé sur l’évidence.
    Les contestataires ont un but précis : démontrer l’inexistence des flûtes paléolithiques. En termes plus subtiles il s’agit plutôt à démontrer que les preuves pour l’origine humaine sont incertaines. Leur effort consiste à présenter un certain nombre d’os mordus. Ces trous mordus ne sont jamais comparables aux trous que l’on trouve au milieu de la diaphyse des flûtes présumées, probables ou possibles.

    Les examens microscopiques des trous ont été menés à bien par les équipes compétentes.
    À la place du microscope dirigeons notre regard à travers une longue-vue :
    nous devons admettre que dans la diversité des trous l’action humaine est manifeste. Il serait invraisemblable que parmi les espèces carnivores qui créent des trous seul l’homme soit absent.
    Les trous sont souvent unilatéraux mais un bon nombre est perforé de part et d’autre de l’os.
    Les objets perforés de part et d’autre ont pu servir de pendantifs et à ce titre comme cliquetant peuvent entrer dans la famille des instruments de musique primitifs (très répandu parmi les danseurs de la nature).
    Parmi les objets perforés unilatéralement par l’homme on peut distinguer deux classes : certaines pièces sont remplies de tissu spongieux, les autres en ont été vidés.
    Les pièces perforées remplies de tissu spongieux ont eu une vocation totalement inconnue ajourd’hui. Notre ignorance et notre manque d’imagination ne doivent pas nous amener à nier la perforation humaine.

    L'aptitude des néandertaliens et de leurs successeurs pour percer des trous est démontrée partout depuis les époques très reculées. Alexander MARSHACK(1990) dans son étude "Early Hominid Symbol and Evolution of the Human Capacity" présente un grand nombre d'objets percés incontestablement par l'homme.
    Nous retrouvons la même richesse des perles perforées dans la communication Internet de Robert BEDNARIK "Beads and the Origin of Symbolism".

    Il reste à énumérer les pièces perforées avec cavité médullaire dégagée : ce sont les candidats pour les flûtes présumées ou possibles.


    Remarques

    Les figures représentent des objets du paléolithique moyen ou supérieur ancien, provenant des ours des cavernes, de la région autour des Alpes autrichiennes, sauf quelques exceptions :
    Fig.25 Phalange de chamois; Fig 41,42 Lonetal (Allemagne); Fig.45,46 Grottes basques (d'Errico); Fig.47,48,54 phalange de renne (magdalénien ?); Fig 53. Ulna d'oie sauvage Pekarna (inséré à cause de la conférence de K. Absolon); Fig 57. Mésolithique.

    Fig.1 et 2. Les épiphyses ne manquent pas, donc les trous sont artificiels.
    Fig.14 et 15. Sur le même os on voit des trous artificiels et des trous mordus. Une preuve de collaboration:
    les animaux commencent les trous et l’homme les finit.
    Fig.16. La pointe de Potocka zijalka est incontestablement le travail de l’homme y compris le perçage. Voir les comparaisons dans les “Compléments” Fig. 55 - 57.
    Fig.24. Pièce disparue, on ne peut pas savoir si la cavaité était vide ou pleine. Trouvée à proximité d’un foyer. Quelle était sa fonction ?
    Fig.28. Perçage (ou morsure) bilatérale. En revanche les incisions (18) indiquent l’origine humaine.
    Fig.29. Grand trou ovale (24x16 mm). Le trou débouche dans une cavité, le tissu spongieux est “usé”.
    Fig.30 et 31. Grand trou de forme irrégulière. Trace des la corde du pendantif.
    Fig.32. Pièce qui, apparemment, n’a pas été publiée sauf dans l’ouvrage de vulgarisationde E.Probst et par un croquis de l’équipe Albrecht.
    Fig.33 et 34. Le caractère artificiel évident n’est pas visible sur la photographie. Il faut faire confiance à l’auteur qui a vu et touché les pièces.
    Fig.35. Gros trous donc action animale exclue. Le but de perçage est inconnu puisque la caavité est pleine.
    Fig.42. Trou ovale semblable au trou n°2 d’Istállóskö. Les essais de I.Turk ont démontré que la pression des dents sur la diaphyse conduisent immanquablement à la rupture de l’os. On peut supposer dans le cas d’Istállóskö que le trou a été percé irrégulièrement et la finition a été apporté par une dent d’hyène ou dent d’ours où la mandibule servait d’outil de frappe (cette dernière hypothèse est souvent évoqué dans la littérature).
    Fig.47 et 48. Phalanges de rennes donc de la période magdalénienne, première exemples de pièces troués apparentées à la production de sons.
    Fig. 51 et 52. Pièce de la grotte Bukovác à Lokve. Première fois publiées par HOR.(2002). Le trou de la pièce 52 est très certainement artificiel.
    Fig. 53 et 54. À signaler cependant l’étude de K.Absolon qui attribue l’appellation flûte même à des pièces creuses sans trous. Des joueurs avec des tuyaux de longueurs différentes formant un orchestre peuvent parfaitement produire des mélodies.
    Fig.55 et 56. Pointes de Lautsch. Preuves supplémentaires pour le perçage humain renforçant la preuve apportée par la Fig.16 (Pointe n°75).
    Fig.57 Trouvaille mésolithique qui confirme l’idée du rhombe, “Schwirrholz” au sujet de la pièce n°75 de Potocka zijalka.


    Les flûtes probables, présumées ou possibles

    Il nous reste à examiner les os creux, vidés du tissu spongieux avec un ou plusieurs perforations assez grandes qui d’après les experts sont très probablement exclus de la catégorie des os mordus.
    Les appréciations des trous et l'opinion sur la fonction musicale sont indiquées sur deux lignes séparées.

    Tableau de comparaison des flûtes probables, présumées ou possibles.


    Remarques :

    Le tableau ne mentionne pas les sources secondaires.
    Le tableau ne contient pas les objets que tout le monde exclut de la catégorie des flûtes possibles.
    Sauf indication contraire il s’agit de fémurs d’ours des cavernes juvénile.

    Kesslerloch : y compris les sifflets de phalange similaires, considérés comme artificiels.

    Lokve et Bukovác signifient la même grotte.

    Pot. zij. : Les mandibules trouées de Potoca zijalka ne figurent pas dans le tableau, ils représentent une classe à part parmi les instruments de musique possibles. Voir aussi Tasnádi-Kubacska 1955 pour un exemple pathologique à Istállóskö.

    KORM. : Bayer recopie le texte de Kormos, il est plus normal de citer l’original. Kormos est formel quant à l’origine artificielle des trous mais il n’entre pas dans les détails et sa remarque “(Pfeife?)” seule fait pernser que l’objet était vidé du tissu spongieux.

    Mottl* a écrit “flötenförmig” ce qui pourrait signifier “non” pour l’option flûte.

    Brade * : bien qu’elle ait examiné scrupuleusement les publications, elle ne peut pas être considérée comme source primaire (en fait elle reproduit les données de HOR(1955) sauf l’appréciation du trou n°1 d’Istállóskö). Ses préoccupations tournent autour des flûtes historiques et elle cherche à minimiser l’importance des instruments plus anciens.

    Chase* : Chase exprime un “oui” tacite parce que l’objet provient de la couche aurignacienne “In Europe, bone flutes provide unambigous evidence of music by the Upper Paleolithic, but before that time evidence is scanty and questionable (Fages and Mourer-Chaviré1983,Horusitzky(1955, Turk and Kavour(1997a).” On peut penser que Istállóskö n’est pas situé avant le paléolithique supérieur.

    AL1995 : Opinion de l’éqipe Al. avant l’inspection des objet et avant la visite des grottes autrichiennes
    AL1998 : Opinion de AL. et al. après les visites des grottes et à la suite d’expérimentation de perçages.
    Le changement d’opinion traduit la complexité du problème et l’absence des évidences.

    ZH1955 : opinion exprimée dans la publication HOR(1955)
    ZH2003 : opinion de l'auteur en 2003

    “ ? “ : Le point d’interrogation signifie que l’objet et l’illustration font défaut ou qu’il s’agit d’une partie de l’objet qui manque. Dans ces conditions toute opinion formulée est illusoire et sans valeur.

    “ rien “ : le chercheur ne dit rien tout en connaissant et ayant étudié l’objet soit directement, soit par la publication d’origine. Il est absolument erroné et tendancieux d’interprêter ce silence comme une opinion pour ou contre une proposition.

    Istállóskö : La pièce possède trois trous de caractéristiques très différentes, il convient de traiter les trous à part :
    Trou n°1 : M.Brodar pense que le trou est très semblable au trou sur la pointe n°75 de Potocka zijalka qui est indiscutablement artificiel.
    Brade exprime des doutes.
    I.Turk pense que le trou est artificiel mais les cannelures peuvent être faites par les rongeurs.
    HOR : insiste surtout sur l’origine artificielle des cannelures qui implique également celle du trou.
    Trou n°2 : “rien” par Brade et par AL1998. (Ces derniers considèrent le trou n°2 comme rond, alors qu’il est légèrement ovale d’après la publication HOR(1955) dans le texte et sur la photographie).
    Trou n°3 : le contour est fracturé, il est impossible de savoir quelle était sa forme originale. Toute affirmation concernant la forme et l’origine est sans valeur. Rien n’exclut l’hypothèse qu’il servait d’embouchure


    Références :

    Références M. Brodar :
    BRODAR (1983) S. Brodar & M. Brodar : Potocka zijalka. Dela 1. razr. SSAZU 24/13 Ljubljana
    BRODAR (1985) M. Brodar : Fossile Knochendurchlochungen
    Razprave IV. Razreda SAZU XXVI Ljubljana
    BRODAR (1999) M. Brodar : Die Kultur aus der Höhle Divje babe I. Arheoloski vestnik 50

    Références K. Ehrenberg :
    Archaeologia Austriaca
    EHR.(1959) Die urzeitlichen Fundstelles und Funde in der Salzofenhöhle. XXV 1959
    Über weitere urzeitliche Fundstellen und Funde in der Salzofenhöhle. XXXII 1962
    EHR.(1974) Die bisherigen urzeitlichen Funde aus des Sclenkendurchgangshöhle. LV 1974
    EHR.(1976b) Versuch einer Übersicht über die verschiedenen artefactoiden Zahn- und Knochenformen aus alpinen Bärenhöhlen Österreichs. 59-60 1976

    Anzeiger math.-naturw. Kl. Österr. Ak. Wiss.
    Berichte über Ausgrabungen in der Salzofenhöhle III. Die Expedition im September 1948. IV. Die Sichtung des Fundmaterials im oberösterreichischen Landesmuseum 1949
    Berichte XVI Grabungen Salzofenhöhle 3 1964
    Berichte XVII Grabungen Salzofenhöhle 4 1965
    Die Forschungen i.d. Schlenkendurchgangshöhle im Sommer 1966 N°1 1967
    Bericht Schlenkendurchgang Expedition 1971 1 1972
    EHR.(1972) Bemerkenswerte Höhlenbärenknochenfunde a.d. Bärenhöhle i. Torrenerfall n°10 1972
    Bericht Schlenkendurchgang Expedition 1973 6 1974

    Revues diverses :

    Berichte : I. Über bemerkenswerte Fossilvorkmmen in der Salzofenhöhle
    Paläobiologica VII,4,WIEN 1941
    Berichte : II. Untersuchungen über umfassende Skelettfunde usw. Paläobiologica VII,5/6,WIEN 1942
    Die paläontologische, prähistorische une paläo-ethnologische Bedeutung der Salzofenhöhle im Lichte der letzten Forschungen Quartär 6 1953 41-47
    EHR.(1976a) Über gelochte Knochen im alpinen Paläolithikum.
    Festschrift für R.Pittioni zum 70-sten Geburtstag WIEN 1976

    Monographie d’Istállóskö : Die Höhle von Istállóskö, Acta Arch. Acad. Sci. Hung. 5/1955/ L. VÉRTES : Neuere Ausgrabungen und paläolithische Funde in der Höhle von Istállóskö
    HOR (1955) Z. HORUSITZKY : Eine Knochenflöte aus der Höhle von Istállóskö
    A. TASNÁDY-KUBACSKA : Untersuchungen an pathologisch veränderten Knochenresten verschiedener Wirbeltiere aus der Höhle von Istállóskö
    Monographie de Divje Babe°I : Ed. Ivan TURK Mousterian Bone Flute Op.Inst.Arch.Slov.2,/1997/

    HEIERLI (1907) : Das Kesslerloch bei Thaingen. (Neue Denkschriften der Schweizer. Naturf. Ges. Bd. XLIII 1907 S.176-177. T.XIX,Fig.1-4.)
    KORMOS (1912) T. Kormos : Die ersten Spuren des Urmenschen im Karst-Gebirge. Földtani Közlöny. Budapest XLII. 97-104 old. /1912/
    BAYER (1927) : Die Olschewakultur. Eiszeit und Urgeschichte 6, Leipzig
    ABEL KYRLE ( 1931) : Die Drachenhöhle bei Mixnitz. Speläol. Monogr. VII-IX WIEN 1931
    ABSOLON (1937) : Ch. Absolon : Les flûtes paléolithiques de l’Aurignacien et du Magdalénien de Moravie (analyse musicale et ethnographique comparative, avec démonstrations) Congrès Préhistorique de France Session XII. 1936
    MOTTL(1950) Mária Mottl : Das Protoaurignacien der Repolusthöhle bei Peggau
    Das Lieglloch im Ennstal, eine Jagdstation des Eiszeitmenschen
    Die paläolithische Funde aus der Salzofenhöhle im Toten Gebirge/1950/ Arch. Austr 5.
    HÄUSLER (1960) : Neue Funde steinzeitlicher Musikinstrumente in Osteuropa Wiss. Zeitschrift der Martin Luther Univ. Halle-Wittenberg Ges. Sprachw. IX/3
    MEGAW (1960) : J.V.S. Megaw: Penny Whistles and Prehistory Antiquity XXXIV 1960
    PROBST 1991 : DEUTSCHLAND IN DER STEINZEIT MÜNCHEN
    OTTE (2000) Marcel OTTE : On the suggested Bone Flute from Slovenia Current Anthropology 41 N°2 April 2000
    HOR. (2002) Z. Horusitzky : Écrits sur la musique II. L’origine de la musique et flûtes paléolithiques
    (en hongrois) Auffargis 2002
    A.MARSHACK : Early Hominid Symbol and the Human Capacity (ÉD. MELLARS The Emergence of Modern Humain Edinburg 1990)
    R.BEDNARIK : Beads and the Origin of Symbolism. Sur Internet (http://www.semioticon.com/frontline/pdf/bednarik.pdf)
    Les publications des contestataires :
    Christine BRADE (1975) : Die mittelalterlichen Kernspaltflöten Mittel- und Nordeuropas. Ein Beitrag zur Überlieferung prähistorischer und zur Typologie mittelalterlicher Kernspaltflöten. Göttinger Schriften zur Vor-und Fühgeschichte 14.
    Philip G.CHASE : Sifflets du Paléolithique moyen /?/. Les implications d’un coprolithe de coyote actuel Bull. Soc. Préhist. Française 87,6 1990
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    HOLDERMAN, SERANGELI : Einige Bemerkungen zur “Flöte” von Divje babe°I (Slowenien)
    Arch. Österr. 9, 31-38 (1998)
    d’ERRICO et al. : A Middle Paleolithic origin of music ? Using cave-bear accumulation to assess the Divje Babe I bone “flute” Antiquity 72 (275) 65-79 1998



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