Les fémurs d’ours des cavernes percés de Salzofenhöhle
La flûte possible et les pendentifs
F.Z. Horusitzky
1) Le fémur transformé en flûte.
La pièce la plus proche de celle d’Istállóskö est le fémur de jeune ours de la grotte de Salzofenhöhle(9). Les “extrémités sont ouvertes donnant accès à la moelle osseuse”. La pièce est plus large que la pièce d’Istállóskö.
Bien que l’extrémité distale soit ébréchée, une partie du contour peut correspondre au contour d’origine sans épiphyse.
À l’extrémité proximale une partie manque. Aux deux tiers de l’axe longitudinal, plus près de l’extrémité proximale, l’illustration montre un trou artificiel. L’os est un fémur gauche vue de l’arrière avec le trou sur la face postérieure . (La publication de 1955 prétend que le trou est sur la face ventrale, c'est une erreur).
L’objet nécessite une reconstitution surtout du côté proximal. Sur la partie manquante on peut imaginer un trou supplémentaire mais ceci est purement spéculatif. Du côté distal on est tenté d’imaginer une embouchure de type longitudinal suivant le modèle de Drago KUNEJ (Turk et al.1997 Fig.13.6).
Il n’y a aucune raison d’écarter ce fémur de la famille des flûtes possibles. Tout le monde est d’accord pour admettre les sifflets de phalanges. Le sifflet produit un bruit du fait de l’absence de série d’harmoniques dominantes. Si le même trou est percé sur un os plus long, les harmoniques se forment et l’instrument devient musical. La présence d’un seul trou avec l’extrémité proximale tantôt ouverte tantôt fermée pendant le jeu, assure une musicalité parfaitement adaptée aux goûts et besoins des peuples primitifs. Pourquoi ne pas avoir percé un trou sur un fémur plus long aussi à la place des phalanges ?
Il reste la question de l’origine du trou. Mottl Mária, paléontologue très expérimentée, considère que le trou est fait par l’homme et l’os est semblable à la “flûte” de Lokve (Kormos 1912) où l’origine artificielle du trou d’après Kormos est indiscutable.
Albrecht, probablement aussi expert mais seulement depuis peu /après "eine kurze Einarbeitung in das Thema"/, a jugé la morsure animale indiscutable.
À qui devons nous croire ? (Kormos et Mottl sont sans préjugés et ne veulent rien prouver, Albrecht veut combattre l’idée des flûtes).
Reconstruction de la flûte.
Les longueurs : l’objet se superpose aisément sur un fémur de référence de Divje babe°I, variante longiligne. Le fragment est complété d'une rallonge de 10 mm côté distal.
Du côté proximal j'ai essayé une reconstruction avec 17 mm de rallonge, mais le résultat était douteux puisque les tons se sont regroupés autour de la même valeur.
Sans rallonge proximale nous pouvons observer un bon étalage des notes.
La flûte est composée de l’embouchure et de 4 segments.
La tête est formée d’une cavité et d’une ouverture d'embouchure. La source de vitesse est localisée au biseau de cette ouverture.
L’écoulement de l’air sortant de l’ouverture rencontre une densité d’air supérieure à la normale du fait de la surpression provoquée par le souffle. Cette augmentation de la densité est fixée arbitrairement par un facteur 2.
La cavité : D1*D1*3,14*0,01/4 =0,96mm3.
L’ouverture de l'embouchure (approximativement) : 6 x 8 mm2 (la même que dans le cas de notre flûte de sureau).
Section du canal, les segments :
1. segment : du biseau de l’embouchure jusqu’à l’os, côté extérieur,
2. segment : entre le 1. segment et le milieu du trou,
3. segment : entre le milieu du trou et le milieu de l’extrémité fracturée,
4. segment : le milieu de la fracture jusqu'au bout proximal de l'os
La flûte reconstruite, superposée au fémur de référence de Divje babe°I (Turk et al. 1997 Fig.12.1.1) :

La conicité et la section du 1. segment. L’os spongieux a été probablement conservé à cette extrémité, partiellement, pour constituer une embouchure convenable. On peut supposer que le canal du segermnt 1. n’est pas conique et la section est légèrement supérieure à la section du milieu
Le diamètre du canal au segment n°1 : 26 mm en largeur. Le diamètre moyen : 22 mm.
Les segments au milieu : 27 - 11 = 16 mm en largeur (l’épaisseur de la paroi au milieu est estimée en moyenne à 5,5 mm et sur la face postérieure à 5 mm). Le diamètre moyen au milieu (segments 2. et 3.) est estimé à 14 mm (au niveau du trou il serait de 13 mm).
L’importance de cette partie évasée, simulée par section supérieure à la section du milieu est particulièrement
significatif et permet d’influencer fortement la fréquence
fondamentale du tuyau fermé. Si la section de l'extréémité proximale augmente,
la note de base baisse. En revanche l’augmentation du diamètre
de la partie centrale, D2, fait augmenter les fréquences.
Comment établir le diamètre du segment 4, D3 ?
En prenant le diamètre du fémur de référence au milieu du
segment 4 (36 mm) en retranchant l’épaisseur des deux parois
légèrement amincies (= 10 mm) et en appliquant le rapport 11/13 pour
tenir compte des différences entre largeur et épaisseur de l’os.
Il en résulte un diamètre moyen D3 = 22 mm.

Les notes obtenues avec le modèle de reconstruction
Les sons : avec la représentation schématique et supposé équivalant à la flûte réelle, les sons obtenus sont indiqués ci-dessus : b1 est la note fondamentale, avec “overblow” on obtient approximativement le troisième partiel. Si l’extrémité est ouverte la note n’est pas l’octave mais plus proche du troisième partiel. La série des notes : b1, g2, a/b2, c3, d3 et g#/a3.
La forme d’embouchure, imposée par le flûtiste, fait varier considérablement les notes (comme on l’a vu dans le cas du modèle de sureau). Avec des levres rapprochées (3 mm au lieu de 6 mm) les notes baissent de 0,5 à 1,5 tons.
Les calculs sont reproduits ci-dessous. “a” et “b” sont les impédances (réactances) de la cavité et de l’ouverture de la tête de flûte.

Diamètre du canal à la fracture = 26 mm
Diamètre du canal au trou = 27-11=16 mm
Estimation du diamètre moyen du canal au milieu en fonction des autres flûtes :
Istállóskö : 9 et 13 mm, rapport entre le diamètre moyen et la largeur du canal : 11/13
Divje babe diamètre moyen au milieu : 11,4 mm
Extrapolé pour Salzofenhöhle : 11,4*27/23,5=13,1 mm
À la place de 13 mm nous choisissons 14 mm compte tenu de l’augmentation de la section de part et d’autre par rapport à la position médiane.
2. Pendentifs.
Phalange de chamois.


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3. La contestation de la flûte de Salzofenhöhle
Gerd Albrecht et al. (1998) ont publié un Ulna de Salzofenhöhle mordu par un animal. Le trou étant très similaire à celui de la flûte, donc ils ont conclu que le trou de la flûte est également le résultat d’une morsure.
La preuve en est la présence d’une empreinte contra-latérale sur l’os. Apparemment une telle empreinte n’était pas détectable sur la flûte. (Holderman,Serangeli 1998)
“Sur la flûte on n’a pu voir aucune trace de perçage ou de façonnage”. (Le trou même est-elle une trace de perçage ou non ?).
Cette assertion est d’autant plus curieuse que la flûte est la propriété privée de la famille Körber et seulement une réplique en est visible au musée Kammerhof de Bad-Aussee.

6. L’âge des pièces perforées.
Mottl Mária (1950) Moustérien, Aurignacien ancien.
Ehrenberg (1959) C14 au moins 34000 ±3000 années, 2000 m d’altitude, occupation pendant l’hiver suppose un climat doux plutôt Riss/Würm que Würm1/Würm2.
5) Références
MOTTL, Mária 1950 : Die paläolithische Funde aus der Salzofenhöhle im Toten Gebirge/1950/ Arch. Austr 5.
EHRENBERG, Kurt (1959) Die urzeitlichen Fundstellen und Funde in der Salzofenhöhle. Archaeologia Austriaca XXV 1959
EHRENBERG, Kurt (1976) : Versuch einer Übersicht über die verschiedenen artfactoiden Zahn- und Knochenformen aus alpinen Bärenhöhlen Österreichs. Arch. Austriaca LIX/LX 1976.
HOLDERMAN, C.S. et J. SERANGELI 1998: Einige Bemerkungen zur “Flöte” von Divje babe°I (Slowenien) Arch. Österr. 9, 31-38
ALBRECHT et coll. 1998 : “Flöten” aus Bärenknochen -Die frühesten Musikinstrumente ?
Arch. Korrespondenzblatt 28
ALBRECHT, G. , C.S.Holdermann et J.Serangeli 2001 : Towards an archaeological appraisal of specimen, N° 652 from Middle-Paleolitihic level D/(layer 8) of the Divje babe°I Arheoloski vestnik 52,
HORUSITZKY, Z. 1955 : Eine Knochenflöte aus der Höhle von Istállóskö Acta Arch. Acad. Sci. Hung. 5
KORMOS, Th. 1912 : Die ersten Spuren des Urmenschen im Karst-Gebirge. Földtani Közlöny. Budapest XLII.
TURK, I. et coll. 1997 : Mousterian Bone Flute Op.Inst.Arch.Slov.2
La flûte d'Istállóskö
La flûte de LOKVE
Les trous
La flûte de sureau et de Divje babe°I
Le perçage des trous